
Il était une fois une cité paisible qui s’appelait Berlin, en Allemagne. La
bibliothèque de la ville était un édifice splendide construit entièrement en
marbre blanc. Les habitations étaient construites en briques rouges avec de
solides toits de tuiles bleues. Il y avait aussi de nombreuses tavernes et
auberges.
C’était une ville tranquille. Ses solides remparts n’étaient jamais tombés.
Un jour d’hiver, la nuit tomba plus tôt et des meutes de loups féroces firent
leur apparition dans les forêts aux alentours de la ville. Ces loups sautèrent
sur les remparts et tuèrent les gardes hypnotisés par la peur. Ils descendirent
dans les rues, assaillirent les portes des maisons à coups de griffes,
massacrèrent les habitants qui se lamentaient. Désespérés, certains essayaient
de fuir par les égouts, mais en vain ! Il fallait d’urgence trouver une
solution.

Un jour, alors que la ville était attaquée par une nouvelle vague de loups,
le comte, désespéré, fit placarder des affiches :
« Celui qui nous débarrassera des loups pourra choisir autant de livres qu’il le
souhaitera dans la bibliothèque.
Signé : le Comte de Berlin.
Aidez-nous, je vous en supplie. »

Peu après avoir fait placarder ses affiches, le comte retourna
dans son château, ouvrit la porte de sa chambre et entra.
Alors il le vit. Dans une robe d’aventurier d’un noir de jais, l’étrange
individu portait une ceinture d’un rouge foncé, il était très grand, il avait le
teint très pâle, presque blanc. Il portait également une capuche du même noir
que sa robe. Aux épaules, il avait des épaulettes rouges. Dans sa main, il
tenait un bâton à bout de cristal. Son regard profond mettait le comte mal à
l’aise. Ses yeux couleur feu lançaient des éclairs, son bâton brillait à la
lueur du feu qui brûlait dans la cheminée. Le comte sentait l’aura du mal autour
de cet homme, il frissonna. L’étranger portait aussi une cape, noire d’un côté,
jaune et rouge de l’autre.
Il plongea son regard sur la porte ouverte qui se ferma aussitôt. Puis il
regarda droit dans les yeux le comte terrorisé.

Le mystérieux individu prit la parole :
« Il paraît que vous avez des problèmes… »
Sa voix était sifflante.
Le comte tressaillit, il balbutia :
« Qui… qui… qui êtes vous ?
— On me nomme Morkaï le Rouge » susurra-t-il. Le comte décida de voir ce qu’il
pourrait tirer du sorcier :
« En effet, j’ai de graves problèmes…
— Et vous pensez que je vous aiderai… » répondit l’archimage avec un sourire
amusé. Par contre, le comte ne s’amusait pas du tout, Morkaï était capable de
lire dans ses pensées…
« Bien, je peux essayer de tuer les loups, mais si je réussis, vous connaissez
la récompense.
— Mmmerci. » balbutia le comte fou de joie. Le mage tuerait les loups et un
archer tuerait le mage.

Morkaï descendit tranquillement dans la rue. Des loups se
jetèrent sur lui pour le déchiqueter, mais Morkaï écarta les mains et prononça
une incantation. Alors, sous les yeux médusés des soldats, le premier loup fut
violemment dépecé et mourut. Ensuite, le sorcier pointa son bâton sur le second
et le changea en pierre.
L’archimage poursuivit son chemin et se métamorphosa en un énorme loup. Morkaï,
sous sa nouvelle forme, alla trouver le chef des quadrupèdes et lui dit de
rassembler sa meute. Ce dernier, impressionné par le loup géant, obéit.
Le mage reprit sa forme humaine et suivit la meute vers le point de
rassemblement. La grande horde vit un homme derrière elle, les loups se
précipitèrent sur le bonhomme mais ce dernier utilisa un sort pour créer une
image de lui et se rendre invisible. Les loups se ruèrent sur l’image pendant
que Morkaï préparait un autre sortilège qui décima la moitié de l’armée des
loups ; des éclairs magiques jaillirent des doigts du sorcier et tuèrent les
derniers loups. Mais Morkaï ne voyait pas qu’un archer du comte le visait
soigneusement.

Sans un mot, l’archer décocha sa flèche. Morkaï la vit approcher
et se baissa in extremis ; la flèche suivante passa à deux pouces de sa tête, le
troisième trait lui atteignit l’épaule.
Mais l’archer ignorait les ressources de Morkaï, comme le comte… Morkaï lança un
sort qui réduisit l’archer en cendres. Puis, furieux, il rentra au château. Sur
le chemin, les gens étaient fous de joie.
« Tu m’as trahi ! » lança-t-il avec dédain au comte. Celui-ci était
tranquillement assis sur son trône.
« Oui, répondit-t-il seulement.
— Tu me le paieras, je le jure ! » lança Morkaï avant de se téléporter.

Le lendemain, assis sur une marche d’escalier, le comte restait
pensif ; il repensait à ce que lui avait dit Morkaï… Il se leva et monta sur un
rempart de la ville. Il vit alors un petit point vert à l’horizon.
« Morkaï le vert » murmura-t-il. Il vit aussi que le point vert se dirigeait sur
lui.
« Tirez sur le point vert » ordonna-t-il aux soldats
— Bien, chef ! répondirent ces derniers. Des volées de flèches furent tirées en
vain.
— Stop ! ordonna le comte ; il voyait à présent la véritable nature du point
vert.
— Un dragon ! s’exclama un des archers.
— Oui. » répondit le comte. Il descendit dans la ville et attendit le moment
crucial.
L’immense dragon vert planait au-dessus de la ville : Morkaï, du haut de sa
titanesque monture, en robe verte, avec une cape verte et des épaulettes vertes
surveillait la ville ; il cherchait le comte.
« Morkaï, arrête ton dragon et bats toi contre moi ! lança celui-ci.
— Deux secondes, cher ami… » répondit le mage
« Cyan, anéantis-les ! » lança-t-il au dragon vert émeraude. Celui-ci poussa un
énorme rugissement et souffla un gigantesque cône d’acide sur la ville ;
soldats, habitants, tous furent tués… sauf le comte.
Ce dernier tira une longue épée en bronze avec une garde en onyx bleu foncé. Il
portait une fine cotte de maille bleu clair.
« Ho, ho, tu veux me défier ? lança Morkaï d’un air narquois en sautant à terre.
— Bien sûr ! » répondit le comte en se mettant en garde.
Morkaï lança un sort qui emprisonna l’épée dans une toile d’araignée.
« Maintenant, tu vas mourir… On ne se joue pas de moi impunément ! » dit Morkaï,
et il lui plongea une dague empoisonnée dans le cœur. Il remonta sur son dragon
et partit, laissant derrière lui un champ de ruines et le comte qui se mourait à
petit feu.
Pierre Zanchetta - 2003